Intelligence artificielle générative au quotidien: qui l’utilise et quel est son impact sur la satisfaction au travail?

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La numérisation marque le marché du travail suisse depuis plusieurs années déjà. Avec la diffusion rapide de l’intelligence artificielle (IA) générative, cette évolution est sans précédent, car les applications correspondantes sont désormais accessibles à un large public. Dans cet article, nous examinons, à l’aide de questions issues de l’enquête sur les salaires 2025 de l’ODEC, la fréquence d’utilisation de l’IA générative dans le quotidien professionnel des personnes diplômées et en formation des écoles spécialisées (ES), ainsi que l’impact de la numérisation sur leur satisfaction au travail. L’accent est mis à la fois sur les différences entre les groupes de personnes et les domaines de formation, et sur les évolutions dans le temps.

Lena Dändliker¹, Filippo Pusterla¹² et Thomas Bolli³

 

Utilisation de l’IA générative dans le quotidien professionnel

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Les résultats de l’enquête montrent clairement que, malgré sa forte présence dans l’espace public au moment de l’enquête, l’IA générative ne fait pas encore partie intégrante du quotidien professionnel. La figure 1 montre la fréquence d’utilisation de l’IA générative dans son ensemble et en fonction de certaines caractéristiques personnelles. Au total, uniquement environ 42% des personnes interrogées déclarent utiliser l’IA générative une ou plusieurs fois par jour dans le cadre de leur travail. En revanche, environ 27% n’utilisent cette technologie qu’une fois par mois, voire pas du tout. 

Dans l’ensemble, il n’y a que peu de différences entre les groupes de personnes considérés. Les personnes plus jeunes utilisent toutefois plus souvent l’IA générative que les personnes plus âgées. Ces différences persistent même si l’on tient compte du fait que les personnes plus jeunes et plus âgées se distinguent par d’autres caractéristiques, par exemple le domaine de formation dans lequel elles travaillent. Les résultats montrent également que les hommes utilisent plus souvent l’IA générative que les femmes. Nos analyses montrent toutefois que ces différences disparaissent lorsque l’on tient compte du domaine de formation. La répartition différente des hommes et des femmes entre les secteurs et les domaines de formation explique donc ces différences. Aucune différence n’est observée parmi les fonctions de cadres.

Différences marquées entre les domaines de formation

Si les différences sont minimes en termes de caractéristiques personnelles, elles sont plus marquées dans les domaines de formation. Comme le montre la figure 2, l’utilisation de l’IA générative est relativement forte dans les «services», ainsi que dans les domaines «commerce, administration et droit» et «technologies de l’information et de la communication». Cependant, la proportion de personnes qui utilisent l’IA générative au moins quotidiennement est légèrement plus faible dans le domaine de formation «industrie de transformation, construction et ingénierie» et nettement plus faible dans le domaine de formation «santé et protection sociale». Ces différences persistent même après avoir pris en compte d’autres caractéristiques personnelles.

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L’utilisation de l’IA augmente-t-elle la satisfaction au travail?

L’utilisation de l’IA générative dans le quotidien professionnel a de multiples répercussions sur le travail, notamment en rendant les processus plus efficaces ou en améliorant la qualité des résultats. Un aspect tout aussi important est l’impact potentiel sur les personnes elles-mêmes, par exemple en termes de satisfaction au travail. 

Grâce à notre longue collaboration avec l’ODEC, nous pouvons observer depuis 2017 l’influence de la numérisation sur la satisfaction professionnelle des personnes diplômées et en formation dans les ES. Cela nous permet ainsi d’étudier si l’influence de la numérisation a changé en raison de la diffusion de l’IA générative. La partie gauche de la figure3 montre le lien entre la numérisation et la satisfaction au travail entre 2017 et 2025. Les résultats montrent que la numérisation augmente la satisfaction au travail. Cette influence positive augmente légèrement au fil du temps. Cependant, depuis le lancement de ChatGPT à l’automne 2022, aucune augmentation significative n’est perceptible. L’introduction de l’IA générative n’a donc jusqu’à présent que légèrement augmenté la satisfaction au travail liée à la numérisation.

Une tendance plus claire s’observe également en ce qui concerne la fréquence d’utilisation de l’IA générative. La partie droite de la figure 3 montre, pour l’année 2025, le lien entre la satisfaction au travail liée à la numérisation et la fréquence d’utilisation de l’IA. Les personnes qui utilisent plus fréquemment l’IA générative déclarent que la numérisation a un effet plus positif sur leur satisfaction au travail.

Conclusion et perspectives

Nos analyses montrent une corrélation positive entre l’utilisation de l’IA générative et l’influence de la numérisation sur la satisfaction au travail. Ce résultat suggère que cette technologie a le potentiel de renforcer la transformation numérique sans pour autant provoquer de conséquences négatives abruptes pour les employés. Cependant, on ne peut exclure que l’IA prenne en charge tout ou une partie du travail de certaines personnes, ce qui pourrait entraîner une hausse du chômage dans les professions fortement touchées (Kläui & Siegenthaler, 2025). En outre, les effets de l’utilisation de l’IA pourraient être différents pour d’autres groupes de population que ceux que nous avons étudiés. C’est pourquoi il convient de continuer à suivre l’influence de l’IA générative sur la satisfaction au travail. 

Nos résultats montrent également que l’IA générative n’est pas encore intégrée dans le quotidien professionnel de tous les personnes diplômées et en formation des ES. Il existe en outre des différences notables entre les domaines de formation. Cela montre qu’il faut du temps pour exploiter le potentiel de l’IA générative afin d’améliorer l’efficacité et la qualité des processus. Nous devons alors nous poser la question de savoir comment les entreprises peuvent utiliser l’IA générative de manière ciblée pour pallier la pénurie de main-d’œuvre qualifiée et comment le processus d’adaptation peut être favorisé par des formations continues spécifiques à l’IA. Ces aspects feront l’objet de notre prochain article.


 ¹Chaire de Systèmes Éducatifs
 ²Haute école fédérale en formation professionnelle 
 ³School of Management and Law, ZHAW


Références
Kläui J., & Siegenthaler M. (2025).
KI und der Schweizer Arbeitsmarkt:
Erste Evidenz zu Auswirkungen auf Arbeitslosigkeit und Stellenausschreibungen (No. 186).
KOF Studien. doi:10.3929/ethz-c-000785283